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Compétence en IA au conseil : distinguer la pratique de la déclaration
Depuis 2023, tout candidat administrateur se dit compétent en intelligence artificielle. Un comité de nomination n'a aucun moyen évident de trier. Voici quatre critères qui se vérifient en quelques minutes, sans expertise technique.
Le problème posé à un comité de nomination
Un conseil cherche un administrateur capable d'arbitrer sur l'intelligence artificielle. Les candidatures arrivent, et toutes mentionnent l'IA. Certaines viennent de gens qui en construisent depuis des années. D'autres viennent de gens qui ont suivi une formation en 2024. Rien dans un curriculum vitae ne permet de les séparer, parce que les deux emploient le même vocabulaire.
L'enjeu n'est pas théorique. Un budget d'automatisation se vote sur plusieurs exercices et immobilise du capital. Un administrateur qui prend une démonstration pour un déploiement laisse passer un investissement mal cadré. Celui qui se méfie de tout bloque un projet viable. S'ajoute la responsabilité réglementaire, puisque l'article 50 du règlement (UE) 2024/1689 s'applique depuis le 2 août 2026.
Premier critère : l'antériorité, attestée par un tiers
Avant 2023, se former à l'intelligence artificielle ne rapportait rien commercialement. Une trace publique antérieure à cette bascule prouve un intérêt qui ne cherchait pas un marché. Elle se vérifie vite : programme de conférence, page d'une association professionnelle, archive du web, registre des sociétés.
Demandez la trace, pas l'affirmation. Une date, un organisateur nommé, une page qui existe ailleurs que sur le site du candidat.
Deuxième critère : savoir nommer ce qui a échoué
La plupart des projets d'intelligence artificielle en entreprise n'atteignent jamais la production. Un candidat qui n'a que des réussites à raconter n'a pas déployé longtemps, ou raconte mal. L'échec donne accès aux causes réelles, et ce sont celles sur lesquelles un conseil arbitre : accès aux données, confiance des équipes, explicabilité des résultats, conduite du changement.
La question tient en une phrase. Quel projet d'IA avez-vous arrêté, et qu'est-ce qui l'a tué ? Une réponse précise vaut mieux qu'un portefeuille de succès.
Troisième critère : l'écart entre la production et la promesse
Une démonstration réussie ne dit rien de la production. Entre les deux se trouvent l'intégration au système existant, la qualité des données, la disponibilité, la reprise sur erreur, et l'usage réel par des personnes qui n'ont pas demandé l'outil. Un praticien fait cet écart spontanément. Il sait aussi ce qu'un fournisseur ne montre pas en salon.
Testez-le sur un cas concret de l'entreprise. Demandez ce qui manquerait pour le mettre en production, et écoutez si la réponse parle de données et d'organisation, ou seulement de technologie.
Quatrième critère : la conformité traitée comme une décision de conseil
La conformité à l'IA n'est pas un sujet informatique. Elle engage la responsabilité de l'entreprise et la crédibilité du conseil. Un candidat qui la renvoie au service informatique n'a pas compris où se prend la décision. Un praticien sait distinguer les obligations du fournisseur de celles du déployeur, et sait que la relecture humaine avec responsabilité éditoriale change le régime applicable.
Le sujet se traite au démarrage d'un projet. Régularisé après coup, il coûte davantage, surtout sur des données sensibles.
Ce que ces quatre critères écartent
Ils écartent la compétence déclarée sans trace. Ils écartent l'enthousiasme qui ne connaît que des succès. Ils écartent le vendeur d'une solution unique, qui ramènera chaque question du conseil à son outil. Aucun des quatre ne demande de comprendre le fonctionnement d'un modèle de langage.
Ces critères servent à pourvoir un siège. Ils valent aussi pour choisir un sparring partner ou un operating partner, à une nuance près : celui-là travaille avec le dirigeant sans engager sa responsabilité, là où l'administrateur siège et vote.
La question se retourne, alors voici ma propre trace
Je pose ces critères, il est normal qu'on me les applique.
Mon antériorité est publique et datée. Le 19 octobre 2018, j'ai co-présenté « L'autonomisation des processus » au Legal Tech Congres de l'Orde van Vlaamse Balies, à BluePoint Bruxelles. En juin 2017, je participais à l'atelier « L'offre de services juridiques » du congrès biennal d'AVOCATS.BE à Charleroi, ce que le barreau de Liège-Huy a rapporté à l'époque. Le 13 décembre 2019, j'ai parlé de l'IA et des avocats devant l'European Law Students' Association.
La pièce la plus nette ne vient pas de moi. En mars 2019, la stratégie nationale AI4Belgium, préfacée par Alexander De Croo et Philippe De Backer, alors ministres de l'Agenda numérique, remercie sous l'intitulé « Grâce au soutien, à l'apport ou au feedback de » une liste de contributeurs où je figure sous la mention « Yves D'Audiffret (Lawrenza) ». La même liste comprend Google, Microsoft, Amazon, McKinsey, Agoria, Proximus, la KU Leuven et l'ULB. Le document est public et sa liste est nominative.
Ma trace commerciale l'est aussi. Online Lawyers, premier cabinet d'avocats en ligne de Belgique, a été finaliste du Prix de l'innovation 2017 de l'Incubateur d'AVOCATS.BE, catégorie Avocat. L'année suivante, le cabinet MCW y était finaliste à son tour, cité pour Lawrenza, que la notice du prix décrit comme « un logiciel qui utilise de l'intelligence artificielle » adossé à six millions de documents juridiques. La qualification vient de l'ordre des avocats, pas de moi.
Mon échec porte un nom. Lawrenza, assistant destiné aux avocats, construit en 2018 sur les premiers grands modèles de langage, mené en partenariat de recherche avec le laboratoire d'intelligence artificielle de la Vrije Universiteit Brussel. Le projet s'est arrêté. Des acteurs mieux financés sont arrivés, et l'idée était juste, trop tôt et trop petite. Ce que j'y ai appris sur l'accès aux données et sur la confiance des équipes sert chaque déploiement que je conduis depuis.
Ma production, enfin. Je conçois et j'exploite aujourd'hui des systèmes d'intelligence artificielle en service dans des entreprises, dont une plateforme utilisée par une quarantaine de cabinets dentaires. Je sais donc ce qu'un déploiement coûte après la démonstration.
Ce qui a tenu, et ce qui a mal vieilli
En décembre 2019, devant l'European Law Students' Association, la dernière section de mon intervention s'intitulait « Limits of AI » : « AI is not a threat. AI is just a tool, not so intelligent. AI must be taught how to do things. The added value of lawyer is essential. AI is what you make it be, depending on how you teach it, how you feed it. »
Le reste a vieilli. Les usages que je citais alors, traduction automatique et reconnaissance de caractères, paraissent modestes aujourd'hui. La méthode a mieux résisté : commencer par la rentabilité, puis décider de l'usage du temps libéré. Sept ans plus tard, un diagnostic mené avec un cabinet d'orthodontie se termine sur cette idée, et la profession comptable, où Valaroc porte Comptik, pose la même question.
Si votre conseil cherche un administrateur sur ces sujets, écrivons-nous. Voir aussi la gouvernance de l'IA au conseil d'administration, ce qu'un conseil doit exiger avant de voter un budget d'automatisation, l'IA en PME sans naïveté et l'administrateur indépendant.